Théodore Paquet remporte le concours Contes-gouttes

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Saint-Georges, le 2 mai 2019 – Théodore Paquet, étudiant en Arts, lettres et communication profil Création et médias, est le gagnant du concours Contes-gouttes grâce à son texte « Sublime Machine ». Organisée par le Centre d’étude de la littérature beauceronne (CELB), cette quatrième édition a reçu 26 textes qui ont été soumis au jury composé de Paul-André Bernard, Marie-Claude Bolduc, Maddy Lacroix et Marie-Esther Poulin.

Il a devancé Rosemarie Roy (Lorsque la première balle m’avait frôlé) et Nicolas Labranche (L’intrus). Une mention d’honneur a aussi été accordée à Maxime Rancourt pour Du chocolat Nestlé dans les tranchées de l’armée du Mexique. Cette année, des étudiants du secondaire participaient pour la première fois au concours. Pour Laurent Moreau, enseignant à la Polyvalente Saint-François : « En 4e secondaire, nous étudions la nouvelle et je trouvais qu’il y avait plusieurs liens à établir, notamment la brièveté du récit et une fin surprenante. Dire beaucoup en peu de mots constitue tout un défi. Ceux qui se sont lancés dans l’aventure l’ont fait avec passion. »

Les trois étudiants récipiendaires reçoivent des montants de 50, 30 et 20 $ offerts par le CELB et le socioculturel du Cégep ainsi que des dictionnaires offerts par le Syndicat des enseignants du Cégep. La Coop étudiante a, quant à elle, offert le logiciel correcteur Antidote. Des coupons repas à la cafétéria ont aussi été remis par Marco Bergeron traiteur.

Le conte-goutte est un type de conte très particulier imaginé par l’écrivain de science-fiction Jacques Sternberg. C’est un très court texte, basé sur une idée étrange ou brillante, dont la chute doit étonner. Il peut être de toute nature : science-fiction, fantastique, romantique, policier, historique, etc.

Voici les trois textes gagnants :

Premier prix : Sublime Machine de Théodore Paquet

La pierre est fixe. Écrasée sous les montagnes, elle se tait. Le métal est malléable. Fondu dans le moule, il renaît. L’engrenage est mobile. Imbriqué dans l’horloge, il prend vie. Ma machine se tenait devant mes yeux, celle que j’avais formée de mes mains. Je pris un pas de recul pour mieux l’observer. Ses longues jambes s’arquaient et s’entrecroisaient dans une immobile mouvance. Sa tête dentelée m’hypnotisait du regard. Elle s’avançait vers moi ou, peut-être, j’avançais vers elle. Il n’y avait aucun moyen de le savoir. Une rencontre du troisième type. Je devais y aller et la saluer. Une fumée noire emplissait peu à peu ma vision. J’étais aveugle. J’entendais nettement le sang pomper dans mes veines. Étrangement, le battement venait distinctement de ma machine et ce seul son me guidait. Je m’arrêtai entre ses pattes pour les sentir se refermer sur mon corps, saisir mes chevilles, comprimer ma cage thoracique, emprisonner mon cou et vider l’air de mes poumons. Je clignai des yeux, paniqué. La fumée se dissipa et, du haut de ma tour, je voyais maintenant à des milles à la ronde, illuminé.

Deuxième prix : Lorsque la première balle m’avait frôlé de Rosemarie Roy

C’était dans les tranchées que j’avais trouvé des frères. Nous n’avions peut-être pas le même sang, mais nos cœurs battaient à l’unisson. Un espoir des jours meilleurs brulait dans nos regards. Il ne pouvait avoir lien plus fort qu’entre des hommes de même patrie. J’avais enfin une famille.

C’était dans les tranchées que j’avais trouvé la peur. Sous la pluie d’obus du camp ennemi, mes intestins se tordaient devant un futur inexistant. L’effroyable sentiment de pouvoir tout perdre en un seul instant. C’était dans les tranchées que j’avais trouvé mon destin. Par la guerre, nous sauvions l’humanité d’une destruction certaine. J’étais important. Fils d’un père fonctionnaire ne me convenait plus. Soldat était maintenant mon titre et le resterait.

C’était dans les tranchées que j’avais trouvé la beauté. La beauté du sacrifice humain. Tous nous voir courir entre les balles qui fendaient l’air chaud était émouvant. Jamais symphonie plus belle que celle de nos pas n’avait existé. Au péril de nos vies, nous avancions pour notre pays.

C’était dans les tranchées que j’avais trouvé mon identité. Celle qui n’existait pas avant le 28 octobre 1914. Lorsque la première balle m’avait frôlé de justesse, j’avais su que je sauverais ma nation. Moi, Adolf Hitler.

Troisième prix : L’intrus de Nicolas Labranche

Quoi que je fisse, il me suivait partout où j’allais. Plus j’essayais de le fuir, plus sa présence s’exacerbait. Son caractère tyrannique imposait le fardeau de son jugement cynique et intarissable. Il se pressait à me remémorer le ressentiment inhérent à mon passé, ainsi que l’angoisse intrinsèque à l’ambiguïté de mon avenir. Où que j’aille, je n’y étais jamais vraiment. Il était toujours là, mais je n’étais nulle part. Avec acharnement, il me rappelait mes lacunes jusqu’à ce que je croie qu’elles constituaient mon identité. En dépit de l’affliction que ses paroles avaient le pouvoir de m’infliger, je continuais de leur tendre l’oreille, parce que j’en étais, hélas, dépendant. C’était la seule voix qui m’était familière depuis des lustres et je redoutais le silence qui sonnerait la fin de mon solipsisme, si je finissais par ne plus l’écouter. Sachant qu’il n’arriverait jamais à se taire et que je n’arriverais jamais à l’ignorer, je le poussai vaillamment en bas d’une falaise, vers sa mort imminente. Un calme serein régna et plus jamais mon égo ne se prononça; désormais, j’existais enfin.

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